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samedi 1 juin 2013

La fille de l'hiver, Eowyn Ivey

Ed. Fleuve Noir - 430p.
4è de couverture : L'Alaska, ses forêts impénétrables, ses étendues enneigées. Son silence. Sa solitude. Depuis la mort de leur bébé, le mariage de Mabel et Jack n'a plus jamais été le même. Partir vivre sur ces terres inhospitalières paraissait alors une bonne idée. Seulement, le chagrin et le désir d'enfant les ont suivis là-bas et la rudesse du climat, le travail éreintant aux champs les enferment chacun dans leur douleur.
Jusqu'à ce soir de début d'hiver où, dans un moment d'insouciance, le couple sculpte un bonhomme de neige à qui ils donnent les traits d'une petite fille. Le lendemain matin, celui-ci a fondu et de minuscules empreintes de pas partent en direction de la forêt… Peu de temps après, une petite fille apparaît près de leur cabane, parfois suivie d'un renard roux tout aussi farouche qu'elle.
Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Est-elle une hallucination ou un miracle ? Et si cette petite fille était la clé de ce bonheur qu'ils n'attendaient plus ? Inspiré d'un conte traditionnel russe, La fille de l'hiver est un roman à la fois moderne et intemporel où le réalisme des descriptions n'enlève rien à la poésie d'une histoire merveilleuse… dans tous les sens du terme.

Mon avis : Je quitte avec regret les personnages qui peuplent ce conte émouvant qu'est La fille de l'hiver. Dès les premières pages, je me suis retrouvée projetée dans un autre univers, si réel mais si inconnu.
Tout d'abord, la nature, qui est presque un personnage à part entière, est tantot majestueuse, tantot effrayante mais toujours vraie et sincère. Elle inspire un respect sans bornes.
Puis les personnages en eux-memes sont tous empreints d'une poésie exceptionnelle.
Le couple Esther-George, haut en couleur, Mabel, si sincère dans ses émotions, et Faina, dont on ne sait si elle est une fée, réelle ou imaginaire mais si bouleversante.
Le tout est mené de main de maitre, très bien articulé au point qu'on oublie qu'il ne s'agit que d'un roman.
Et si cette petite fille était bien réelle ?
Certes, la fin a un coté décevant, mais après réflexion, je crois que toutes les fins m'auraient déçue puisque c'est le mot "fin" qui est déchirant...
J'ai bien sur une énorme pensée pour Mousseline en écrivant ces mots pour qui le mot "Fin" s'est " écrit bien trop tot.
Je la remercie infiniment pour la découverte de ce roman, mais aussi pour tout ce qu'elle a fait pour nous les rats.

Ma note : 5/5


mardi 30 avril 2013

Le club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guénassia

Ed. Le livre de poche - 729p.
Mon résumé : Franck nous entraîne dans son quotidien de jeune adolescent des années 60, dans un contexte social qui cherche à se libérer, dans un contexte politique difficile de Guerre d'Algérie.
Franck tente de comprendre le monde qui l'entoure, ainsi que ses propres sentiments qu'il ne maîtrise pas encore vraiment. Comment gérer les relations avec son frère, avec ses parents, avec les filles ? Comment apprendre à devenir adulte ?
En parallèle de cette France en mutation dans laquelle il vit, Franck va faire la connaissance d'une bande de réfugiés venus de l'Est qui ont créé un club de poker dans le bar du coin, où il se réfugiera régulièrement, où il y trouvera du réconfort, et souvent une oreille attentive. Nous découvrirons donc le passé d'Igor, de Pavel, de Leonid, et le mystérieux Sacha, chacun avec son histoire et son destin bien particuliers.

Mon avis : J.M. Guénassia, par la voix de Franck, nous fait pénétrer directement dans ce quotidien des années 60. N'ayant pas connu moi-même cette époque, j'ai pris un énorme plaisir à le découvrir de l'intérieur. Je n'ai pu faire aucune comparaison avec la réalité, ce qui m'a permis de m'identifier totalement aux personnages et à l'ambiance de cette époque.

Chaque personnage apporte quelque chose de plus dans l'histoire, chacun avec son passé et son caractère bien particulier. Aucun personnage n'est détestable tant le réalisme prend le dessus.
C'est un roman, ça aurait pu être un livre d'histoire. Tous les faits sont décrits et relatés avec précision et sans larmoiement excessif.
J'ai lu ce livre d'une traite, sans ressentir aucun sentiment d'ennui, ni aucune longueur.

Mon seul regret est de ne pas savoir ce que sont devenus les personnages de ce conte.

Ma note : 5/5


samedi 2 juin 2012

Le palanquin des larmes, Chow Ching-Lie


Ed. J'ai Lu - 442p.
ISBN 2290033200

Mon résumé : Chow Ching-Lie (Julie en français) nous transmet son autobiographie de sa prime enfance à son entrée dans l'âge adulte, en passant par ses rêves, ses espoirs, ses désespoirs surtout, des rencontres, belles et moins belles... en tout cas un destin hors du commun mais dont elle ne tiendra pas vraiment les rênes et dont elle devra se satisfaire coûte que coûte...

Mon avis : Poignant ! Ching-Lie est bouleversante de sincérité et d'émotions tout au long de ce témoignage. C'est une petite fille pleine de vie, d'amour pour sa famille et d'espoirs qui va se découvrir une passion immense pour le piano, qui lui permettra de reprendre en main son destin bien des années plus tard. 
Malheureusement, son destin passera avant cela par des années d'embûches, d'histoires douloureuses. Malgré l'immense tristesse qui transparaît dans les mots de Chow Ching-Lie, elle saura rester digne afin de ne pas décevoir les siens, son rang, ses traditions... Cette tristesse sera compensée par l'amour qu'elle porte à son enfant, sa passion de la musique et sa force de caractère extraordinaire. Sans la connaître, j'ai ressenti une sorte de fierté pour son parcours, mêlée à une grande tendresse.
L'écriture est belle, simple, humble mais franche. Chow Ching-Lie nous livre en parallèle de sa propre histoire, tous les évènements historiques qui permettent d'expliquer la situation et les choix qui devront être faits par ses proches.

En bref, un livre instructif et émouvant dans tous les sens du terme. A ne pas louper !! 



Ma note : 4,75/5

jeudi 3 mai 2012

La dernière valse de Mathilda, Tamara McKinley


Ed. Archipoche - 566p.
ISBN 235287018
Mon résumé : Jenny surmonte difficilement l'épreuve du décès accidentel de son mari et de son fils de 2 ans quand son notaire lui fait part d'un point du testament de son mari qu'elle ignorait totalement : il a acheté à son insu et lui a légué une propriété en plein coeur du Bush Australien. Jenny a beau avoir vécu dans la campagne Australienne dans son enfance, elle a maintenant une vie bien ancrée à Sydney en tant que peintre et galeriste. 
Cependant, ce changement de vie l'attire, les grands espaces, la nature, les chevaux etc... Elle décide alors d'aller passer un séjour dans cette exploitation, afin de comprendre pourquoi son mari a fait cette acquisition sans l'en avertir.

Mon avis : Un très très beau coup de coeur que cette lecture. L'auteur sait dérouler le fil de son histoire d'une manière délicate tout en instaurant le suspense. 
Les sentiments de chaque personnage sont développés progressivement et profondément, de sorte qu'il est très difficile de les quitter en refermant le livre. 
La rencontre entre Jenny et Mathilda est magnifique au point qu'il est facile de se retrouver dans les larmes de Jenny à plusieurs moments du récit.
Le rythme est parfaitement maîtrisé, je n'ai ressenti aucun moment d'ennui, puisque, malgré une apparente solitude ambiante, il se passe toujours quelque chose dans cet endroit.
Par ailleurs, l'auteur mêle particulièrement habilement un style très contemporain avec une histoire du début du XXe siècle.
J'ai retrouvé avec délice des paysages isolés mais riches que j'avais découverts sous la plume de Douglas Kennedy (Cul de Sac).
J'ai dévoré ce livre avec un plaisir intense, et je relirai avec plaisir cette auteure. 


Ma note : 5/5



12/52

jeudi 29 mars 2012

Racines, Alex Haley


Ed. france Loisirs - 474p.
ASIN : B003I78BCQ
Mon résumé : Kounta Kinté naît dans un village de Gambie, Djouffouré, où il fait partie d'une tribu Mandingue. Il est élevé selon les principes et traditions de cette culture faite de respect des générations, des animaux, de la terre...
A l'âge de 16 ans, il va "subir" un rite initiatique de 4 mois qui le fera "Homme". Il prépare alors un grand voyage car il veut voir du pays et il voudrait aller jusqu'au Mali, Terre de ses ancêtres.... Son destin en a décidé autrement...
En allant chercher du bois dans la forêt afin de construire un tambour (moyen de communication permettant de transmettre des messages d'un village à l'autre), il sera pris au piège par 4 toubabs qui vont le kidnapper et l'embarquer de force sur un cargo  traversant la Grande Eau. Alex Haley va alors nous raconter la destinée de Kounta mais pas seulement...

Mon avis : Je ne vous cacherai pas plus longtemps que ce roman a été un Vrai Grand Coup de Coeur ! 
Est-ce dû au thème du livre ? L'esclavagisme est un sujet dans la littérature particulièrement émouvant.
Est-ce dû aux talents de conteur d'Alex Haley ? Indéniablement !
Est-ce dû au réalisme porté par cette histoire ? Comment ne pas être touché par la force de caractère de ces Noirs qui gardent continuellement l'espoir malgré ce qu'ils endurent, jour après jour, mois après mois, année après année...?


L'écriture d'Alex Haley est simple, sans grande fioriture, mais tellement efficace. En effet, je n'ai pas eu l'impression de lire un roman, ni même une biographie ou un témoignage mais un véritable conte.
Dès les premières pages, A. Haley a su me happer dans l'univers de son "héros" en relatant les traditions, le quotidien de ce jeune Mandingue mais aussi ses sentiments, ses émotions. Les faits relatés suite au kkidnapping sont durs, bouleversants mais à aucun moment A. Haley ne s'éloigne du réalisme de la situation.
A chaque instant, on espère que le sort de Kounta va s'améliorer sans pour autant se faire trop d'illusions. On sent un immense respect d'A. Haley pour ses "personnages" : il ne cherche ni le voyeurisme, ni la victimisation.
De cette qualité d'écriture, il nous est permis de ressentir beaucoup de tendresse pour Kounta d'abord, puis le reste de sa famille ensuite. 


L'auteur a également su mêler de manière très délicate à l'histoire de cette famille tous le parallèle historique et politique qui permet de comprendre les évolutions de leur situation, et l'Histoire des Etats-Unis sur près de deux siècles.
On traverse en effet près de 2 siècles sans une once d'ennui.


Mon seul regret : avoir dû quitter ces personnes trop vite... 
Un grand chapeau à M. Alex Haley d'avoir reconstitué leur histoire avec autant de brio et de m'avoir permis de ressentir un panel de sentiments si vaste ! 


Ma note : 5/5 

11/52

jeudi 22 mars 2012

La délicatesse, David Foenkinos


Ed. Folio - 209p.
ISBN : 2070440257
Mon résumé : Nathalie et François vont se rencontrer dans la rue. Une rencontre faite de hasard, de culot et d'instinct. Une rencontre qui va aboutir à un mariage, à un quotidien heureux et amoureux mais dont le destin va tout bouleverser. Alors, Nathalie va tenter petit à petit de se reconstruire, de trouver ses marques, d'autres marques, d'autres rencontres, différentes mais toujours guidées par son coeur et son instinct. 

Mon avis : J'ai acheté ce livre, par hasard, accrochée par la couverture et par son encart "le roman aux neuf prix littéraires"... De retour à la maison, j'ai consulté un peu les critiques sur le web, et toutes n'étaient pas si positives que ça... tant pis ! Et puis j'ai vu l'auteur dans l'émission "La grande librairie" de François Busnel et j'ai été charmée par le personnage, par sa façon de parler, sa façon d'être. 
Alors j'ai ouvert le livre, pleine de suspicion : sur quoi allais-je tomber ? 
-> Sur un pur moment de bonheur ! Le titre du roman ne saurait mieux le résumer, de la délicatesse de bout en bout, mais pas de misérabilisme, ou de compassion mal placée, juste une bouffée de délicatesse énorme. On suit étape après étape les phases de reconstruction de Nathalie, la façade qu'elle s'impose pour ne pas sombrer, son rejet de la dépression, les rencontres qu'elle refuse et celles pour lesquelles elle se laisse aller, l'envie de reprendre goût à la vie étant le plus fort. 
L'écriture est simple, directe, très réaliste, pleine de douceur et même poétique. Un vrai petit bijou, que je relirai avec plaisir.


Ma note : 5/5 

10/52

mercredi 1 février 2012

L'ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon

Ed. Le livre de poche - 636p.
ISBN 2253114863
Mon résumé : Daniel Sempere a 4 ans lors du décès de sa maman. Il vit depuis exclusivement avec son papa, bouquiniste à Barcelone, plongé dans l'univers des livres depuis son plus jeune âge. Cette plongée sera d'autant plus forte lorsque son père lui fera découvrir quelques années plus tard le Cimetière des Livres Oubliés : un endroit magique où des millions de livres sont rangés, voire cachés là pour l'éternité... ou presque !
Daniel va y faire la découverte d'un livre : L'ombre du vent de Julian Carax, auteur quasiment inconnu, tombé dans l'oubli et qui n'aura de cesse de hanter Daniel toute sa vie. 
Ayant très peu d'informations sur cet auteur, il va chercher à connaître sa vie, son oeuvre, qui il est etc... et va aller de surprise en surprise. Au fur et à mesure de ses investigations, aidé par son ami Fermin, Daniel va se retrouver mêlé à une étrange histoire d'amour, d'amitié, de haine...

Mon avis : Une fois n'est pas coutume : Whaou !!! 
Bon, essayons d'argumenter cela... Tout d'abord l'ambiance. Nous sommes dans le Barcelone des années 1940, après guerre, époque de la reconstruction. La pauvreté est encore fort présente, les moeurs ne sont pas déridées mais on sent naître une certaine note d'espoir malgré tout. L'amour entre le père et le fils Sempere est magnifique, on ne tombe à un aucun moment dans le côté pathos mais juste dans une relation belle et conflictuelle comme elle peut l'être dans ces circonstances.
Le thème de l'amitié est également superbement traité : que ce soit entre Daniel et Fermin, un enfant avec un adulte, des confidences, des coups montés à l'insu du père, mais aussi entre Julian, Molina, Jorge Aldaya, Fumero, un groupe d'amis dont l'amitié se confond souvent avec rivalité, jalousie...
Et que dire de l'amour, clé de toute cette histoire ? Mais il ne s'agit pas d'une histoire d'amour, ce livre est bien plus que cela : c'est l'amour d'abord de Daniel pour Julian qu'il ne connait pas mais qui le subjugue ; l'amour de Daniel pour Clara, une jeune femme plus âgée que lui, aveugle, qui lui fera espérer tant... ; l'amour des livres, l'amour de Barcelone, et bien sûr l'amour de Julian pour Penelope et de Daniel pour Bea...
Carlos Ruiz Zafon a su mener un parallèle entre Daniel Sempere et Julian Carax assez époustouflant et nous promène dans une villa mystérieuse, lieu de réponses à de nombreuses questions...
Au fil des pages, on va de surprise en surprise, le rythme est soutenu. Il m'a été très difficile de quitter les personnages et de passer à autre chose.
Je ne l'oublierai pas de sitôt ! 

Ma note : 5/5 

2/52

samedi 7 janvier 2012

Lignes de faille, Nancy Huston


Actes Sud - 487p.
ISBN 2742762590
Mon résumé : Sol, Randall, Sadie, Erra : voici les quatre membres représentant les quatre générations d'une même famille. Ces personnages, avec leur voix d'enfant, vont nous conter le destin bouleversant de cette famille, avec leurs mots, leurs émotions, et la compréhension qu'ils ont pu avoir des évènements en tant qu'enfants.
Sol, le plus jeune, vit en Californie, et tente de comprendre le monde qui tourbillonne autour de lui avec en toile de fond la guerre contre le terrorisme.
Puis vient Randall, le père de Sol, qui est en quête de son identité entre l'athéïsme d'un père juif et le judaïsme d'une mère chrétienne...
Sadie, quant à elle, est partagée entre l'amour qu'elle porte à sa mère, Erra, chanteuse "beatnik" et la terreur que lui inspire ses grands-parents qui l'élèvent.
Erra sera finalement la clé de toute cette famille, et avec elle, on comprendra tout le cheminement du destin de cette famille, mais aussi de leurs réactions, de leurs émotions et de leurs choix.

Mon avis : La première partie, narrée par Sol, est d'un style très particulier. Sol est un petit garçon très avancé pour son âge, qui emploie un langage tantôt châtié, tantôt très vulgaire ce qui déroute quelque peu le lecteur. Cette première partie pourrait avoir pour conséquence de faire abandonner la lecture. Ne vous y laissez pas prendre, les trois autres parties valent vraiment le coup !
Peu à peu, Nancy Huston nous entraîne dans des secrets de famille sombres tout en conservant une très belle note d'espoir.
On se laisse emporter par cette belle et dure histoire dont l'amour transparaît dans chacun des personnages. 
L'auteur fait preuve de beaucoup de poésie et d'humilité dans son expression, ce qui laisse passer une très belle émotion.


Une très belle lecture, et un auteur à explorer.


Ma note : 4,5/5 

dimanche 1 janvier 2012

Eldorado, Laurent Gaudé


Actes Sud - 237p.
ISBN : 2742769323 
Mon résumé : Le commandant Salvatore Piracci travaille pour les douanes italiennes à la surveillance de l'immigration clandestine en mer. Sa mission l'a obligé à de nombreuses reprises à devoir sauver des embarcations pleines de ces immigrés pour les envoyer, par la suite, dans des camps.
Seulement voilà, le commandant Piracci a vieilli et ne parvient plus à accomplir sa tâche comme avant. Ses réflexions l'amènent à choisir un autre chemin... pour le moins surprenant !

Mon avis : Laurent Gaudé traite dans ce roman d'un thème particulièrement difficile. Evidemment, tout le monde connaît le côté politique, les choix gouvernementaux liés à l'immigration... Evidemment, on conçoit qu'il faut des règles... Mais ici, seul le côté humain rentre en compte. Nous ne rencontrons pas des immigrés clandestins mais des hommes, des femmes, des enfants. Nous sommes les témoins d'une très grande souffrance mêlée à un immense espoir de vie meilleure de toutes ces personnes embarquées dans des cargos, pour la plupart victimes de leurs rêves...


Le commandant Piracci qui, jusqu'alors, exécutait sa tâche tel un bon soldat, se prend à réfléchir aux conséquences, à la souffrance, aux rêves brisés.


Laurent Gaudé nous mène dans les dédales de cette prise de conscience grâce à une poésie extraordinaire.
Chaque terme employé a été choisi avec soin, est là à sa place. On est tout autant transportés par l'histoire que par le style admirable de l'auteur. Ces deux éléments sont parfaitement complémentaires et permettent au lecteur de ne pas voir les pages défiler.


Un livre où on apprend des choses, où on voit les choses autrement, où on s'émeut parce que l'on sait que tout ce qui est dit est vrai, à Lampedusa comme ailleurs...
Un livre à lire pour l'histoire... et à relire pour le plaisir des mots !


Un beau coup de coeur ! 


Ma note : 5/5 

jeudi 8 décembre 2011

Rien n'est trop beau, Rona Jaffe


Presses de la Cité - 549p.
ISBN : 225809092X
Mon résumé : New-York. Années 1950. Nous suivons plusieurs jeunes femmes, célibataires, qui travaillent dans une maison d'édition afin de gagner leur vie ou d'occuper leur temps selon leur situation... Caroline est là pour tenter d'oublier un fiancé parti, Barbara pour faire vivre sa fille suite à son divorce, April dans l'espoir de devenir comédienne et/ou de trouver l'amour etc...
Bien que chacune ait ses raisons propres, on se rend vite compte que le mariage est le seul but de ces jeunes femmes à cette époque et pourtant, rien n'est si simple...


Mon avis : Rona Jaffe nous permet de plonger véritablement dans un autre univers, dans une autre époque. Le résumé pourrait faire penser à une caricature (le mariage à tout prix) et pourtant, en refermant le livre, je reste persuadée que tout ce que l'auteur décrit est vrai. Rona Jaffe écrit sur ce qu'elle vit puisqu'elle a elle-même travaillé dans une maison d'édition dans les années 1950 et s'est inspirée de son expérience pour écrire son livre.
Elle nous met face à de nombreux thèmes de sociétés, plus que jamais d'actualité : le harcèlement sexuel, l'alcoolisme, le manque de reconnaissance des femmes, l'avortement, les moeurs...
L'histoire est très bien menée, chaque chapitre étant consacré tour à tour à chacune des jeunes femmes et à leurs attentes, leurs espérances, leurs déboires... Elles sont toutes très attachantes malgré leurs névroses. A aucun moment, je n'ai ressenti d'agacement puisque l'auteur nous fait très subtilement comprendre que les réactions des jeunes femmes sont conformes à ce que veut la société.
Le style est très agréable, simple, fluide, je dirais tendre. Un livre que je recommande vivement.

Ma note : 4,5/5




Merci à Newsbook et aux Presses de la Cité pour ce partenariat.


mercredi 30 novembre 2011

Un parfum de cèdre, Ann-Marie MacDonald


Mon résumé : Le Cap Breton, une île au large du Canada dans les années 1900. C'est l'histoire d'une famille que l'on suit sur plusieurs générations avec leurs chagrins, leurs joies, leurs choix et ceux qu'ils ont à subir, leurs doutes et surtout le regard des autres.
En effet, ce regard extérieur, ce jugement d'autrui est partie prenante de ce roman puisqu'il va déterminer certains choix de nos personnages.
James, jeune accordeur de piano, fait la rencontre d'une jeune fille Libanaise, Materia. Ils vont tous deux s'enfuir au nom de leur amour, un amour interdit. Ils auront ensemble des enfants : Kathleen, l'artiste, adorée, adulée par son père, qui voudra devenir chanteuse mais... ; Mercedes, la "sainte" de la famille ; Frances, la "rebelle" et enfin Lily, l'infirme... Quelle va être leur histoire ? Leur destin va-t-il les mener où ils le souhaiteraient ?


Mon avis : Nous sommes au début des années 1900, dans une petite ville quelque peu reculée du monde. Autant dire que les moeurs de l'époque sont encore très contrôlées : Kathleen en fera d'ailleurs l'amère constatation en découvrant New-York. On est à l'époque de la première guerre mondiale, lointaine et en même temps si présente, de la prohibition, puis de la seconde guerre mondiale.
C'est dans ce contexte que la famille Piper va devoir cohabiter. Ce mariage mixte va lui-même à l'encontre des moeurs d'autrefois.
Ce roman évoque de nombreux problèmes de société : cette mixité désavouée, la prostitution, l'homosexualité, l'alcool et la contrebande... Tous ces thèmes sont traité de manière résolument moderne sans pour autant dénoter avec le style du livre.
Il y a énormément d'amour dans ce livre mais jamais de pathos. C'est d'ailleurs cet amour si intense qui poussera chacun des personnages à faire des choix, parfois de mauvais choix...
La mort est également très présente, mais ne provoque jamais vraiment de malaise, parfois de la tristesse, de celle que l'on ressent quand on regrette de ne pas avoir connu une personne.
Ce livre m'a en quelque sorte rappelé "Les quatre filles du Dr March" que j'avais lu enfant. Mais attention : on est bien ici dans un livre pour adultes. Le texte est totalement abouti. Malgré la quantité de personnages dans l'histoire, l'auteur a su mener et garder le fil conducteur jusqu'au bout de son raisonnement.
Le style est très sobre. Au vu des sujets sensibles, on ne tombe jamais dans la vulgarité gratuite. Tout est dit avec beaucoup de sensibilité et de subtilité. Les émotions passent sans que l'on s'en aperçoive, cela ayant pour effet de ne rendre aucun personnage détestable.
Une très belle lecture.

Ma note : 4.5/5

mercredi 12 octobre 2011

Dans la ville des veuves intrépides, James Canon


Mon résumé : Colombie, années 90. Un petit village est pris d'assaut par les guerilleros qui viennent réquisitionner les hommes du village pour grossir leurs troupes.
Les femmes se retrouvent donc orphelines de maris, de fils, de pères... et doivent survivre, voire vivre ! 
Les débuts sont plus qu'anarchiques, pas d'organisation, un village en déperdition totale rythmé par le deuil puis... doucement, certaines de ces femmes vont vouloir reprendre les choses en main par sursaut d'orgueil et par amour pour leur village.
Et l'auteur nous emmène alors dans une fable teintée d'humour, d'émotion et de gravité...

Mon avis : L'auteur m'a baladée grâce à ce roman à travers tout un tas d'émotions qui ne semblent jamais être laissées au hasard.
On navigue entre le désespoir de ces femmes, victimes de la guerre à leur manière, l'humour poussé à son extrême [les femmes mettront en place un système de décompte du temps spécifiquement féminin et tout à fait loufoque... mais qui tient la route !], l'amour à tout prix, peu importe comment, peu importe avec qui...
je dirais que le mot d'ordre de cette histoire est "loufoque". Cependant, l'auteur maîtrise parfaitement son histoire de bout en bout et tout reste crédible.
Au-delà de l'histoire de ce village, le roman est ponctué de chroniques de combattants qu'ils soient guerilleros ou paramilitaires où l'on comprend qu'il n'y a pas d'ennemis, d'attaquants, juste des hommes qui veulent retrouver leurs femmes, leurs enfants, leur travail, leurs terres, et leur quotidien, peu importe qui gagne ou qui perd ! 
En bref, un joli conte drôle, émouvant, très bien écrit, très bien mené où je me suis laissée embarquée malgré la "loufoquerie" ambiante.

Ma note : 4,5/5

lundi 8 août 2011

Belle du Seigneur, Albert Cohen


Mon résumé : Ariane Deume mène une vie plutôt tranquille, emmurée entre son mari qu'elle n'aime pas mais qui est aux petits soins pour elle, une belle-mère quelque peu acariâtre, et un beau-père soumis mais affectueux.
Adrien Deume est fonctionnaire à la Société des Nations située à Genève et n'a qu'une ambition : parvenir à côtoyer les "huiles" de la Haute Société Genevoise, Parisienne... ou d'ailleurs. Alors, quand le Grand Sous-Secrétaire Général, Solal Solal, l'invite à dîner dans ses appartements puis à partir en mission diplomatique en Afrique, il est aux anges... loin de se douter que le beau Solal souhaite uniquement se rapprocher de sa femme, la jeune et belle Ariane.
Celle-ci tombera d'ailleurs assez facilement dans ses filets... et là commence une des plus belles histoires d'Amour que la littérature du XXe siècle ait eu à nous offrir, avec ce que cela peut compter de contradictions !

Mon avis : Attention ! Chef d'Oeuvre !
 Nous sommes face à 1100 pages d'une écriture tour à tour mystérieuse et magique, d'un style des plus aboutis, chaque mot semble avoir été choisi avec soin. La construction du roman n'est pas laissée au hasard, les pages défilent sans que l'on s'en aperçoive.
 Vous me direz : "qu'est-ce qui ressemble le plus à une histoire d'Amour qu'une autre histoire d'Amour ?" Que nenni !! M. Cohen a su maintenir un climat de suspense malgré la banalité du thème et finalement le peu d'action dans le déroulé du roman.
 Nous sommes en effet dans de la littérature romantique, mais traité par un homme, avec toute a rudesse, sa virilité, ses désirs, en bref, sa testostérone, et ça change tout.
 La lecture de ce roman n'est pourtant pas un long fleuve tranquille : on LE déteste, on LA déteste, on s'ennuie, on s'interroge mais quel plaisir de les voir évoluer... ensemble !
 Un classique à ne pas louper !! 

 Ma note : 4,75/5

dimanche 7 août 2011

Nord et Sud, Elizabeth Gaskell


Résumé : Margaret Hale est fille de pasteur, dans une bourgade de la campagne du Sud de l'Angleterre. Après avoir passé un certain nombre d'années à Londres chez sa tante qui l'a habituée à une vie paisible, si ce n'est oisive, elle retourne vivre auprès des siens avec des conditions de vie bien plus succinctes. 
Cependant, pour des raisons indépendantes de sa volonté, sa famille va être dans l'obligation de s'expatrier à Milton, une ville du Nord de l'Angleterre, très industrialisée, où la fumée des usines va remplacer l'odeur de la campagne et où l'activité de la population va venir prendre la place d'un rythme tranquille et bien rodé.
Margaret Hale va y rencontrer des personnalités avec lesquelles des relations particulières vont se tisser au fil des jours, et ce malgré de forts a-priori et de fortes divergences d'opinions.

Mon avis : Elizabeth Gaskell est bien moins connue que certaines de ses acolytes de la littérature Britannique Victorienne et quel dommage !!
J'y ai retrouvé le merveilleux style de Charlotte Brönte dans Jane Eyre moins l'austérité, une once d'humour typique de Jane Austen et une très grande indépendance d'esprit commune à toutes ces grandes dames de cette époque.

Cette grande indépendance de style transparaît d'ailleurs chez l'héroïne de Gaskell elle-même. Margaret fait preuve de beaucoup de courage dans le respect de ses principes contrairement aux autres femmes qui composent le roman (à l'exception de Mrs Thornton), ce qui va lui occasionner certains déboires : il n'est pas toujours facile d'assumer des idées bien arrêtées et divergentes quand on est une femme au XIXe siècle. Margaret va le faire avec une persistance exemplaire. Elle devra également faire face à des épreuves douloureuses mais choisira de se relever et de choisir SA vie.

Ce livre est également une belle histoire d'Amour qui est amenée tout en douceur au fil des pages et qui se joue comme un fil rouge tout au long du roman sans pour autant donner l'impression d'y prendre une place prépondérante.

Et puis, ce roman traite également des difficultés sociales qui commencent à poindre à cette époque dans les régions du Nord de l'Angleterre avec l'apparition des grèves, des syndicats, de la délocalisation et de la mondialisation (et oui, déjà !)
En cela, j'y ai retrouvé un peu de Jonathan Coe dans Bienvenue au Club qui traite ce sujet de façon beaucoup plus contemporaine mais où les préoccupations restent les mêmes.

En bref, un excellent roman où tout est réuni pour en faire un chef d'oeuvre : le style, la documentation, un once d'amour, tout cela dans une belle histoire familiale.

Ma note : 4,75/5

mardi 15 février 2011

La pluie avant qu'elle tombe, Jonathan Coe


4e de couverture : Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S'appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd'hui, l'histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l'enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences? Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d'inscrire l'intime dans l'Histoire, l'obsession des coïncidences qui font osciller nos vies entre hasard et destin. Et s'il délaisse cette fois le masque de la comédie, il nous offre du même coup son roman le plus grave et le plus poignant.


Mon avis : Tout est réuni dans ce roman pour un excellent moment : le style travaillé mais empreint de simplicité et de poésie, l'émotion, la pudeur malgré l'intimité de l'histoire et de ses personnages. A aucun moment, je n'ai ressenti l'impression de faire preuve de voyeurisme mais bien le témoignage de la dernière heure d'une femme qui ne veut pas son Histoire tombe dans l'oubli.
La chronologie est très bien amenée grâce à la description de ces photos qui représentent chacune des morceaux choisis et qui amènent des anecdotes, des rencontres qui toutes revêtent un intérêt particulier dans la vie de Rosamond et d'Imogen.
En bref, une jolie histoire, une narration magnifique et une poésie tout en douceur... A lire !!
(petit bémol : je me suis trouvée dans l'obligation de réaliser un arbre généalogique afin de pouvoir comprendre le lien entre tous les personnages cités, ce qui ne facilite pas l'entrée dans l'histoire.)

jeudi 6 janvier 2011

Autobiographie d'une courgette, Gilles Paris


4e de couverture : "Depuis tout petit, je veux tuer le ciel". Ainsi commence l'histoire racontée par Icare, un petit garçon naïf et inculte, surnommé Courgette, qui, à neuf ans, vit à la campagne avec sa mère. Depuis son accident, la mère de Courgette ne travaille plus à l'usine et boit des bières en regardant la télévision du matin au soir. Elle s'occupe peu de son fils qui n'apprend rien à l'école et joue seul pour la plupart du temps. Les rares dialogues échangés passent par la télévision, source d'inspiration de Courgette qui ne connaît la vie qu'à travers le petit écran. Un jour, Courgette découvre un revolver et tue accidentellement sa mère. Le juge le déclare "incapable mineur" et Courgette est envoyé dans une maison d'accueil. Mais pour Courgette, contrairement aux autres enfants, la maison d'accueil est loin d'être "une prison". L'apprentissage d'une vie passe désormais par les Fontaines et tous les rêves de Courgette deviennent possibles.


Mon avis : De la légéreté, de la tendresse, de l'humour, de la tristesse : un très beau moment.


Ce roman est raconté avec la voix et les mots de Icare, dit Courgette, jeune orphelin de 9 ans qui est placé en maison d'accueil avec d'autres enfants de son âge. Il lui faut composer avec sa propre histoire mais aussi avec l'histoire de ses camarades, leurs peurs, leurs réactions etc.... tout cela pour recréer, et notamment grâce aux "zeducs" une certaine unité qui peut rappeler la famille.


Bien sûr, tout cela est convenu, ça se termine bien, on se prend d'affection comme il se doit pour chacun de ces mêmes, mais qu'importe ? C'est beau et ça fait du bien !

Ma note : 4.5/5